lundi 9 janvier 2012

Concours de livres : and the winner is...

Ça y est, les résultats finaux du concours de livres 2011 sont arrivés ! Malheureusement, malgré un score de 23 478 points, j'arrive deuxième derrière ma grand-mère (à moins de cent points d'écart)... Grrrr police !
Un bien beau challenge cette année encore !

Livres 007

Voici les livres que j'ai lus pour ce dernier trimestre :

Stephen Chbosky - The perks of being a wallflower
Charles Lewinsky - Melnitz
Didier Daeninckx - Galadio
Isaac Asimov - Fondation et Empire [Le cycle de Fondation, II]
David Foenkinos - La délicatesse
Titiou Lecoq - Les Morues
Herbert Lieberman - Nécropolis
OH Jung-Hi - L’âme du vent
Charles Bukowski - Notes of a Dirty Old Man
Virginia Woolf - La chambre de Jacob
Oscar Wilde - The picture of Dorian Gray
Edgar Poe - Les meilleures histoires extraordinaires, grotesques et sérieuses
Sofi Oksanen - Purge
Jasper Fforde - Shades of Grey
Frédéric Beigbeder - Un roman français
F. Scott Fitzgerald - This Side of Paradise
Albert Camus - L'étranger
Tristane Banon - Le bal des hypocrites

Pour l'instant et grâce au Père Noël, j'ai de la bonne lecture qui m'attend, mais qu'est-ce que vous me conseilleriez de bien pour 2012 ?
Quel livre vous a marqué récemment ?



mardi 3 janvier 2012

Le bal des hypocrites

Au nom de l'humour, j'ai décidé que le dernier livre que je lirais en 2011 serait Le bal des hypocrites de Tristoune Tristane Banon. Déjà, j'ai bien ri quand j'ai ouvert ce cadeau de noël de mon précieux.

Alors, cet ouvrage est-il une succession de OUIN OUIN OUIN ?



J'ai un peu envie de dire oui. Il suffit d'ouvrir le livre pour tomber sur une photo larmoyante du plus bel effet : l’œil humide, le regard perdu, la bouche entr'ouverte, je dis bravo ! Si on n'avait pas bien saisi le pathos avec la quatrième de couv', on a de quoi se rattraper.

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Pour ma part, j'ai continué à rire en lisant la première phrase : "1er juillet 2011. Depuis deux mois, je n'ai réussi que deux fois à me coucher et à dormir avant minuit."




Oh ça va hein.

Allez soyons honnête, ce n'est pas parce que Tristane Banon est de droite que je ne vais pas lui accorder de considération (enfin, quand même, le Figaro et Paris Match...). Je dois avouer qu'elle a l'air d'avoir sincèrement souffert, et la période de sur-médiatisation de l'an dernier a semblé bien difficile. Les anecdotes d'inconnus qui l'abordent dans la rue ou sur internet pour donner leur avis sur son comportement sont quelque part assez hallucinantes, les gens sont délicieux, c'est un bonheur.

Peut-être raconte-t-elle la vérité sur cette "affaire", c'est probable mais ce n'est pas exactement le sujet du livre. Le bal des hypocrites parle peu de la rencontre Tristane Banon / DSK, si ce n'est pour évoquer "le babouin", et se concentre en fait sur le battage médiatique qui l'a entourée au moment de l'arrestation de ce dernier.

Et si l'on peut en retenir quelque chose, c'est que les journalistes et les médias sont des MÉCHANTS. Ainsi, dès les pages 16-17, elle évoque le fameux "dîner chez Ardisson", sa façon de raconter l'anecdote à ce moment-là et conclut par : "Mais ne me demandez jamais pourquoi je n'ai pas porté plainte ce jour-là. Regardez-vous, regardez-vous tous, et répondez à ma place. Vous me devez au moins ça."


En revoyant la vidéo, on peut s'étonner du détachement apparent avec lequel elle raconte cette histoire. Elle l'explique dans le livre par la volonté de se protéger en forçant un sourire de façade. Pourquoi pas, je peux le croire.

Ce qui m'a interpellée aussi, c'est que dans l'émission, elle dit ne pas être allée au bout de la procédure de plainte pour ne pas être à vie "la fille qui a accusé DSK" (volonté de protéger son image médiatique donc) (je pense que c'est UN PEU raté). Dans le livre, en revanche, elle affirme que ce qui l'a empêchée de porter plainte, ce sont les "conseils", les "pressions", de proches et surtout de journalistes qui lui ont dit "de ne pas s'attaquer au pouvoir". Et là on tombe clairement dans une position de victime, plus passive. Mais quand bien même elle aurait reçu ce type de pressions (scandaleuses au demeurant, quel entourage !), comment peut-on en arriver à tenir un discours type : "tout est de votre faute, vous m'avez presque forcée à me taire !" ? J'entends bien que la situation devait être difficile. Mais elle a aussi répété à plusieurs reprises que François Hollande lui conseillait, lui, de porter plainte. Ce qui veut bien dire que tout le monde n'allait pas dans le même sens et qu'elle aurait pu avoir des soutiens à l'époque.

Qu'elle ait décidé de ne pas aller au bout de la plainte pour des raisons personnelles, soit. Qu'elle affirme que les seuls responsables sont ceux qui lui ont donné de mauvais conseils, c'est déjà un tantinet abusé. Mais en plus, elle estime que les autres sont d'autant plus coupables que "tout le monde savait mais personne n'a rien fait".

C'est là la plus grosse contradiction du livre : elle est outrée que les gens lui demandent pourquoi elle n'a pas porté plainte et que des suspicions sur ce qu'elle raconte se développent. Et dans le même temps, elle estime que tous ceux qui avaient entendu cette histoire, ou des rumeurs, et n'ont rien fait, sont responsables.

Depuis quand les journalistes et les politiques devraient "enquêter" et "dénoncer" alors qu'aucune plainte officielle n'a été posée ? "Ah oui mais c'est une fille qui m'a raconté que...".
Ça n'a pas de sens. Ou alors il faut vraiment avoir une passion pour les procès en diffamation. On ne sait pas, ça peut arriver.

Ce qui m'amène à la remarque suivante. Tristane Banon, au cours de son texte, reproche beaucoup aux journalistes de l'avoir réduite à une image médiatique, de l'avoir harcelée, d'avoir parlé d'elle sans prendre en compte la personne qu'il y a derrière une breaking news. C'est légitime.

Ce qui est amusant, c'est que lorsqu'elle-même évoque la réaction des membres du PS après l'arrestation de DSK, voilà comment elle les désigne (p.30-31) : "l'ancien gros", "la madone", "la dame du Nord" qu'elle n'aimait pas avant car "pas assez jolie, trop comme ci, pas assez comme ça." ...et qui à présent trouve grâce à ses yeux car elle ne "feint pas l'étonnement" et n'exprime pas de compassion pour DSK. Et finalement la "blonde des extrêmes". Qu'elle applaudit car Marine s'exclame : "Mais enfin arrêtez, vous saviez, je savais, nous savions tous !"


Mais que fait Tristane Banon ici sinon les réduire eux aussi à une image médiatique ?

Elle s'empêche, j'imagine, de citer les noms pour des questions légales. Mais les adjectifs utilisés sont plutôt réducteurs. Et j'ai bien l'impression que quand elle reproche à Hollande d'exprimer sa sympathie "à la femme et aux enfants" de DSK, elle ne prend pas en compte la personne derrière l'image, et les enjeux professionnels et personnels avec lesquels il doit jouer. Quand elle applaudit Le Pen, elle oublie aussi que "la blonde" est dans son rôle de chef du FN : la moindre occasion d'attaquer les autres partis est à saisir. Je ne suis pas bien sûre que Marine Le Pen s'exclame par pensée solidaire envers les victimes supposées. (Et d'ailleurs, si Marine dit qu'elle savait, pourquoi n'a-t-elle jamais rien fait pour aider Tristane Banon ? C'est vraiment un scandale !)

Certes tout ça est facile à dire, et certes l'état émotionnel dans lequel Banon semble être au moment de la diffusion des images peut expliquer une réaction violente. Mais quand même. Malheureusement pour elle, le monde politique ne tourne pas autour de ce qu'il lui est arrivé il y a huit ans.


A la moitié du livre (p.56), on peut lire ce passage merveilleux :
"Sur Amazon, mes livres redeviennent disponibles. Mes éditeurs me les certifiaient épuisés, fatigués, impossibles à requinquer. Il ne m'appartient pas de savoir si ceux-là reviennent de la cave ou des imprimeries, le score médiocre de leurs ventes est comme une petite victoire. Je ne serais pas étonnée de les voir revenir au pas de course, un bandeau rouge avec son nom à lui, le prisonnier, mon geôlier, enserrant la couverture de mes écrits intimes, des écrits qui sont un peu ma vie. Alors ils partiront comme les pains du boulanger, et je saurai que le monde est à pleurer".

Que les œuvres de quelqu'un soient remises en vente quand cette personne est au cœur de l'actualité, cela n'a rien d'étonnant. Mais Tristane Banon se sent d'une part trahie par ses éditeurs (salauds !), et estime d'autre part que si ses livres se vendent à ce moment-là, le monde va mal.

D'où ma question : à qui donc pense-t-elle vendre Le bal des hypocrites ?

A qui sinon ces gens qui font que le monde est à pleurer ? (et moi, mais pour la blague)
Et si s'intéresser à une personne qui fait l'actualité à travers ses anciennes œuvres est mal (malsain ?), qu'en est-il de ceux qui achètent le livre qui parle de l' "affaire"-même ?

C'est pas très chic de considérer ses lecteurs comme des salauds qui font pleurer le monde. Et que peut-on en déduire de la personne qui écrit le livre ?


Enfin, on ne va quand même pas nier que Tristane Banon profite quelque part d'une exposition médiatique d'enfer pour vendre quelque chose. Je comprends l'idée d'écrire pour se soulager. Je comprends le besoin de faire la lumière sur sa version des faits.

Mais dans ce cas elle pouvait aussi diffuser le texte librement sur internet (ahah !).

Ou quitte à sortir un livre, le publier plus tard, avec plus de recul ? Ben oui mais c'est moins vendeur quand même.

9782846264167Tout ça pour une centaine de page (écrit bien gros en plus, c'est limite l'arnaque pour le concours de livres) vendues à 15€, ça fait presque UN FRANC LA PAGE, mon bon monsieur ! Mais bon, il y a la photo aux yeux humides, donc ça va, on n'est pas floués.

En fait Tristane Banon, c'est un peu la fille qui se retrouve piégée dans un jeu médiatique qu'elle a en grande partie alimenté et qui ne comprend pas pourquoi les gens la traitent comme un sujet de news. Et ce alors qu'elle est elle-même journaliste et, je le découvre en faisant des recherches, a écrit en 2003 Noir délire, une nouvelle inspirée par la mort de Trintignant. Comme quoi, elle doit savoir ce que c'est d'exploiter les faits divers dramatiques. Je n'ai pas lu la nouvelle, c'est peut-être de bon goût (?) ou en tout cas pas irrespectueux, mais je me demande bien ce qu'elle dirait si on faisait la même chose de son "affaire".

Alors si il y a bien une chose que je peux lui accorder, c'est que le livre porte bien son nom. Reste à élire la reine du bal.